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Promenade en Gondole

Une Breve Histoire de la Republique de Venise, ou “Les Croates de la Serenissime”

En 1571, la formidable victoire maritime de Lépante, contre les Ottomans, illustre la suprématie maritime de Venise. Le début du déclin de la Sérénissime est proche

Venise est entrée au contact de nombreux peuples au cours de son histoire. Tandis que la République sérénissime étendait sa domination et déployait ses talents militaires et marchands, elle se faisait d’abord admirer par ses nouveaux sujets, auxquels elle accordait sa protection. 
Elle était toujours prête à combattre l’injustice et l’oppression dans la mesure où n’étaient pas desservis ses intérêts hégémoniques. Mais, cela commença plutôt mal…

Au Xe siècle, pour s’assurer l’accès des bouches du Pô en même temps que le monopole du sel, le doge Pietro II fit mettre à sac Comacchio et déporter les populations vivant dans ces marécages. 
En l’an mil commencèrent les expéditions sur le littoral dalmate, afin d’obtenir le contrôle de l’Adriatique tout entière. Zara, Ossero, Vaglia et bien d’autres villes furent conquises. Les forces vénitiennes avaient à lutter à la fois contre les Croates et contre les Slaves, qui avaient envahi les Balkans. 
Au fleuve Narenta, les habitants de la ville romaine de Narona pratiquaient la piraterie et le trafic d’esclaves. Les Vénitiens étaient leurs meilleurs clients. À leur contact, les pillards découvrirent que le commerce était tout de même plus avantageux. Vers la fin du XIe siècle, après la conquête des îles de Curzola et de Lagosta, les côtes dalmates étaient entièrement sous la protection de Venise.

La percée vers l’Orient

Vers cette époque, les Vénitiens eurent à lutter contre les seigneurs normands qui s’étaient installés en Méditerranée. Ils s’allièrent donc avec les Byzantins, leurs rivaux, pour libérer l’île de Corfou et de Durazzo (Duras). Venise obtint alors de pouvoir commercer librement sur tous les territoires contrôlés par Byzance. 
En 1122–1124, les Vénitiens soumirent la ville de Tyr et les comptoirs byzantins de l’Égée et de l’Adriatique. Vers le milieu du siècle, ils renforcèrent leurs liens avec les peuples de l’Istrie. Pola, Parenzo, Rovigno furent contraintes d’accepter une protection militaire et maritime contre les débordements des Hongrois. Cette protection obligatoire se transforma rapidement en soumission des terres environnantes et, finalement, le doge fut reconnu comme le seul maître.

La colonisation de la Crète

Vis-à-vis des Grecs, Venise pratiquait un double jeu, maniant tour à tour les pressions diplomatiques et les actes de piraterie. En 1204, la ville du lion de Saint-Marc profita de la quatrième croisade pour enlever Zara aux Hongrois. Les forces chrétiennes détournées de leur but prirent Constantinople cette année-là. De ses prestations de service, la République maritime reçut pour salaire deux îles de la mer Egée, la Morée et l’Eubée puis, en 1207, l’île de Crète. Elle s’assurait ainsi les routes de l’Asie mineure.

Cependant, une chose était d’occuper Candie, et une autre de tenir la Crète tout entière. La grandeur de l’île dépassait sans doute les possibilités militaires de Venise. Durant l’occupation, soulèvements et guerillas se succédèrent. Ce fut la première fois — l’intérêt territorial prévalant sur l’aspect stratégique — que la Sérénissime entreprit une véritable « vénitisation » d’une colonie.

Le gouvernement et l’administration de la Crète étaient aux mains de grandes familles vénitiennes exclusivement. Dispersés, les colons ne parvinrent jamais à trouver un terrain d’entente avec les colonisés. Sauf peut-être contre Venise elle-même, dans la révolte de 1363, fomentée par un chef de village crétois et appuyée par les colons : les Venier, les Gradenigo, les Molin… Confiée à un Pisani (Vettero), la répression fut terrible. Les Crétois furent écrasés par Pietro Morosini.

Par les célèbres voyages de Marco Polo et de sa famille, les Vénitiens entrèrent en contact avec les nations d’Extrême-Orient. Ils développèrent des échanges diplomatiques et commerciaux avec les Persans, comme avec les Mongols et les Chinois.

Les guerres avec Gênes

À partir de 1308, et de la guerre contre Ferrare, on note un durcissement des rapports entre Venise et ses voisines : Padoue, Vérone et surtout Gênes. C’est l’époque où Trévise souhaite et obtient le protectorat de la République. La guerre contre Gênes fut sanglante et très coûteuse. Elle fut à l’origine de la peste (1347–1348) qui décima la population vénitienne. Une situation désastreuse s’instaura. Pour survivre, Venise dut s’allier avec d’autres peuples, comme les Catalans, et faire appel à ses sujets dalmates, grecs ou albanais pour renforcer ses armées.

Au cours de la troisième guerre contre les Génois, la coalition vénéto-catalane remporta une victoire navale dans les eaux d’Alghero (1353), bientôt suivie d’une cuisante défaite à Porto Longo (1354). 
La menace la plus précise survint en 1379. Les Padouans, sous les ordres de Carraresi, apportèrent leur soutien aux Génois et attaquèrent Chioggia, à proximité de Venise. Jamais la Sérénissime n’avait été aussi menacée. 
L’offensive fut cependant stoppée, grâce à la cohésion des habitants de la cité, groupés autour du doge Andrea Contarini. Les Vénitiens parvinrent à séparer les armées de Gênes et de Padoue et, par mer, portèrent la dévastation dans les comptoirs génois de la mer Égée. Ils allèrent jusqu’à Beyrouth. En 1381, Gênes signa la paix grâce aux bons offices du comte de Savoie.

La dernière décennie du XIVe siècle et les deux premières du XVe furent marquées par une expansion de Venise en direction de la terre ferme. Corfou fut acquise des Angevins de Naples en 1386. Venise fut en relation marchande avec la plupart des peuples du nord de l’Europe : Flamands, Français, Allemands… Cependant, l’expansion territoriale du début du XVe siècle finit par inquiéter les principales puissances : France, Espagne, Empire germanique, Papauté… Contre Venise se noua la ligue de Cambrai, dont Venise vint à bout par son habileté diplomatique (1508).

La menace turque et la victoire de Lépante

En 1571, la formidable victoire maritime de Lépante, contre les Ottomans, illustre la suprématie maritime de Venise. Cependant, le début du déclin de la Sérénissime est proche

Aux XVe et XVIe siècles, les Turcs ne cessèrent d’être une terrible menace. Pour les arrêter, Venise n’eut pas d’autre recours que de s’allier avec les Hongrois — ses ennemis “héréditaires”, pourtant. Une campagne commune en Dalmatie donna le Frioul aux Vénitiens. La Sérénissime favorisait la constitution d’un État vénitien de la terre ferme. Un peu partout, dans son empire, Venise était au contact des Ottomans. De 1424 (prise de Salonique) à 1571 (bataille de Lépante), les deux mondes semblèrent s’équilibrer.

Bien qu’elle fut, au premier chef, victorieuse de la grande bataille navale de Lépante, Venise commença dès lors à décliner. C’est que le pouvoir ottoman, pour faire rentrer ses lourds impôts, favorisait les initiatives commerciales de ses “sujets”. 
La concurrence des marchands grecs, turcs, renégats chrétiens, arméniens, arabes, barbaresques, ragusiens ou juifs était extrêmemet dure et les Vénitiens en pâtirent très vite. Pour les peuples levantins, l’arrivée de la protection ottomane était une sorte de revanche. Le sultan les vengeait de l’arrogance proverbiale des marchands de Venise.

De la mer à la terre : une ville et ses communautés

La puissance maritime perdue, Venise devint une nation terrienne. L’arrogance se tourna désormais contre les paysans de la terre ferme. Dans la cité, depuis des siècles, un modus vivendiavait fixé les rapports entre les diverses communautés. La plus nombreuse était celle des Grecs, composée de marins et de savants exilés. Ceux-ci avaient apporté à Venise leurs connaissances et leur culture. Les “intellectuels” du patriciat vénitien (ou du clergé) n’ignoraient rien de la langue d’Homère ou de la philosophie de Platon. De nombreux ouvrages étaient ainsi conservés dans les plus fameuses bibliothèques — c’est ainsi qu’ils furent sauvés.

Les Turcs eurent leur quartier — le “Fondaco dei Turchi” –, ainsi que les Allemands, les “Tedeschi”. C’est par ces derniers, émigrés de Mayence après la dispersion des ateliers, que Venise découvrit l’imprimerie.

Les Esclavons, orignaires de Slavonie, donnèrent leur nom au quai devant la place Saint-Marc. Ils vivaient de trafics divers et du métier de soldat.

On trouvait aussi à Venise des Arméniens et des Juifs du Levant, qui donnèrent son nom à l’île de la Judecca. Les Juifs eurent un grand rôle dans les domaines de la philosophie, de la théologie et de la médecine, toutes sciences enseignées à l’université. Le premier livre en hébreu fut imprimé non loin du cœur de Venise…

De la création du ghetto au bannissement des Juifs

Au XVIe siècle, Venise eut une attitude des plus ambiguës envers les communautés qui vivaient dans la cité. Il s’agissait pour elle de contrôler tout en protégeant… Un bon exemple de l’expression de cette double volonté est la conduite adoptée vis-à-vis des Juifs. Les autorités de Venise distinguaient trois sortes de Juifs : les “Allemands”, les Levantins et les Ponantins. Les Levantins, originaires de Constantinople, de “Romanie” ou de Crète, bénéficiaient des droits réservés aux étrangers — en particulier le droit de pratiquer le commerce international.

Pour les “Allemands” et les “Italiens” — réfugiés originaires d’autres régions de la péninsule –, le traitement était très dur. C’est à leur intention que fut créé le “ghetto”. Il leur était interdit de prendre part au commerce international. Les seules activités tolérées étaient l’usure… et le métier de chiffonnier.

La nuit et à l’occasion des fêtes, les portes du ghetto étaient fermées. Rares, cependant, furent les violences physiques. Les réactions antisémites survinrent avec l’arrivée des marranes d’Espagne et du Portugal. 
Leur rôle dans les villes d’Alexandrie, de Raguse, d’Ancône ou à Ferrare, quand ils disputèrent, grâce aux Turcs, la suprématie commerciale aux marchands de Venise, fut à l’origine de leur bannissement vers la fin du XVIe siècle. L’un d’entre ces marranes, Joseph Nassi, était même devenu le grand argentier du sultan. On l’accusa d’être l’instigateur de l’occupation de Chypre par les Ottomans.

Le XVIIIe, siècle du crépuscule

Une nouvelle menace se faisait jour par le nord-est : l’Autriche. Venise devait la combattre en 1617, durant la guerre de Gradisca, quand les Habsbourg armèrent les Uscocchi (les peuples de Bosnie et de Dalmatie) qui, après la signature de la paix, préférèrent la protection de Vienne à celle de Venise.

Au tout début du XVIIIe siècle, Venise fut définitivement chassée de la mer Égée : la Crète fut perdue en 1669 et le Péloponèse (la Morée) en 1718.

En 1797, Bonaparte met un point final aux mille ans d’indépendance de Venise et, en 1866, la cité rejoint le tout nouveau royaume d’Italie.

Venice Ghetto-The Importance of the Venice Ghetto in Jewish Studies

The Importance of the Venice Ghetto for Modern Jewish Studies

The Venice Ghetto serves as the starting point from which to address questions of modern Jewish spaces — for it is a turning point in Jewish and western history. It is a site that has stereotyped and simultaneously helped the Jews to articulate a multicultural communal identity: once sequestered in the Ghetto at its founding in 1516 the Jews had to negotiate their new identity as they took on modern and paradoxical roles in Jewish and European culture.

“In the city without being of it”

The establishment of the Venice Ghetto brought Jews into the modern city while isolating them on one of its islands, and thereby imprinting them with the experience of exile. In order to permit Jews to live within the city (unlike the Spanish who converted, killed, and/or expelled the Jews in 1492) the Venetian government created a sequestered habitat, a city within a city, allowing Jews significant autonomy under surveillance. Now the Jews could be in the city without being of it. The difficulties of exile came along with the creation of the iconic Venice Ghetto as a Jewish address: this new tension defined the modern landscape.

Thus the urban Jewish experience comes to embody a series of paradoxes. The Venetians included the Jews in the commerce of the city as the Ghetto gates were open for business throughout the day, but the water-gates — the doors to the canals — were walled up, barring access to the primary Venetian mode of communication at night. The ability to lend money (think Shylock), with strictly regulated interest rates, made Jews central to the success of the city’s economic activity.

Despite this crucial function in trade, the Jews were excluded from participating directly in many aspects of the city. They could not join the Guilds; the Jews could build synagogues as long as they did not open to the street. They could bake bread for their own use (including Challah, the Sabbath and Holiday loaves), but were forbidden to sell bread to Christians. Not satisfied with simply limiting mobility, the Ghetto’s exterior windows were walled up in order to prevent Jews, whose gaze was thought to be polluting, from looking upon their Christian neighbors. [Katz, “The Ghetto and the Gaze…”] And the Jews had to negotiate the right to residence in Venice just about every five years, for which privilege they had to make an ever larger “contribution” to the government: thus they lived in a regulated state of “inclusive exclusion.”

These conditions and contradictions imposed by the Venice Ghetto, were replicated and intensified in the ghettos established across Italy and Europe and lasted to the end of the nineteenth century — the era of Emancipation — when these Ghettos were abolished and urban renewal erased their traces in most cities.

Jews & the Modern City

The contradictions of Ghetto life still define the relationship of Jews to the modern city and the paradoxical situation of the Venice Ghetto still characterizes central aspects of the modern Jewish urban experience: inclusive/exclusive, inside/outside, valued/disdained, controlled/autonomous.

Long after urban renewal at the turn of the twentieth century pulled down the Ghetto gates, its psychological and sociological impact persists. Even in the most obviously unfettered Jewish communities, in countries with broad guarantees of religious and civic protection, the relationship between Jews and the modern city is still marked by the dynamic tension inherent in the contradictions of this modern exilic situation.

Much modern Jewish writing includes an implied history of Jewish urban life. In such accounts — wonderful tales each in its own right — the historic ghetto experience hovers in the psyches of characters and narrators, reinforced by the constraints of the Ghetto and the shtetl and their histories of oppression and pogroms. These stories tell us what it is to be modern: they reveal the lure of assimilation as well as the fierce loyalty of Jews who refuse to abandon traditional habits, even as they devise new ways of living.

No wonder the modern city has not become a melting pot. As Jews question whether exile is still the Jewish condition — whether the modern city has become a diasporic Jewish homeland, or if and to what extent the founding of the Jewish State in 1948 has indeed changed Jewish history — urban Jewish writing maps the contradictions, paradoxical histories, and possibilities of modernity.

Expanding notions of “the Ghetto” in Jewish culture

The Ghetto has been both historic place and symbolic location in Jewish History.

Israel Zangwill extended the significance of the word, calling the Ghetto “the law” of Jewish immigrant life in London in 1892, bringing the term to refer from pre-Emancipation Venice to the more general situation of modern Jewish life. Zangwill, Children of the Ghetto.

As both place and symbol, the Ghetto took on a new life at the end of the nineteenth century, leading, for example, to its use by Abraham Cahan in 1896 in “Yekl, a Tale of the New York Ghetto,” and by Hutchins Hapgood to explore Jewish life on the lower east side in his 1908 The Spirit of the Ghetto. In American cities, “ghetto” began to refer to crowded ethnic communities, and, later, under the Nazis to sites of “attritional extermination” which they established. Today the word has negative and positive connotations, both worth considering.

Ghetto as Liminal Space

From a spatial perspective, Jewish history, presents a paradox: on the one hand, the confinement of the ghetto, and on the other, the dispersion of the diaspora. And then many kinds of in-between — liminal spaces — that have been improvised since Jews built their first synagogues in the ancient world. That tendency to improvise creatively, to make a virtue of necessity, is one of the great themes of Jewish history, nowhere more evident at the dawn of modernity than the Venice Ghetto.

As in the Venice Ghetto, the constricting experience of sequestration has been tensed against the expansive possibilities of the metropolis. In his 1896 collection, Israel Zangwill underlines how the ghetto experience leads individuals to imagine alternative possibilities; he calls them “dreamers” of the Ghetto.[6] His dialectical prose reminds us that the Venice Ghetto was a paradigmatic moment in Jewish and Western history with implications that unfolded over the next century, leading to Zionism, Bundism, and an imagined New York City where, in the words of Lenny Bruce, everyone in the metropolis is Jewish. It is a phrase that points to the Jewish love affair with the city.

As my father used to say, die Stadtluft macht Frei — the city air makes you free, as it offers the luftmensch of the shtetl the opportunities of the metropolis.

The meanings of the Venice Ghetto thus hover over our conversation, as we focus on the relationship of liminal spaces and Jewish identity in many contemporary and historic situations and writings. Our discussions begin from an understanding of how contemporary globalization brings into focus the relationship between identity and spatial location, and highlights new and cross-cutting transnational allegiances.